Le voile et autres considérations

 

 

 

A bien y regarder, s'il m'est permis d'apporter mon grain de sable, le voile avait très certainement son utilité et sa raison d'être au cours des temps ancestraux, que ce soit chez les égyptiens, les hébreux, les chrétiens, comme chez tous les peuples qui allaient devenir musulmans sur le tard.

N'avez-vous pas remarqué que tous ces peuples vivaient dans des régions balayées par les vents de sable ? Et quelle protection la plus adaptée contre cette nuisance qui s'avère souvent être un fléau que le port d'un voile, ne serait-ce que pour permettre la respiration et la vision. Il n'y a rien de plus anxiogène que l'ingestion ou la pénétration de sable dans le nez, la bouche voire les poumons, il n'y a rien de plus gênant que le sable dans les yeux qui empêche toute mobilité car à l'évidence les yeux clos on ne voit rien !

Même les hommes trouvent cette protection utile, regardez les Touaregs et tous ceux qui traversent les déserts. Il n'y a pas de meilleure protection contre cette nuisance. Aujourd'hui encore !

Toute l'histoire du vêtement est d'abord liée à l'utilité, au confort, à la pratique, à une protection quelconque avant d'être liée à l'identitaire, à la reconnaissance dans un groupe, à l'appartenance à une communauté, à une région.

De la Hollande à la Bretagne, il y a plus d'une centaine de costumes différents de coiffures ou coiffes diverses et variées. Tous les costumes folkloriques de nos provinces en attestent. Je n'ai pas fait de recherches particulières mais je ne crois pas me tromper si j'avance que chaque région, quelquefois chaque village possèdait un costume à part qui diffèrait parfois de celui porté à un kilomètre de distance. Comme d'ailleurs dans toute l'Europe, et au-delà ! 

Du noeud noir alsacien au béret basque, de l'Arlésienne à la Bigouden, de la Niçoise à la Flamande, chacun de nous se reconnait dans cette histoire du costume, cette appartenance aux origines.

Je devais avoir 5 ou 6 ans, je ne me souviens plus du tout de la communion d'une cousine plus âgée que moi, mais je sais que j'y étais car je détiens encore une photo qui immortalise l'évènement.

Je suis en effet sur la photo devant le groupe des invités sur les marches à la sortie d'une église dans le 9ème arrondissement. J'étais le plus jeune, et on y voit ma grand-mère qui venait de débarquer de sa Bretagne, probablement le seul voyage de toute sa vie à Paris !  Elle apparaissait en costume de Vannetaise : corsage richement brodé, tablier blanc de dentelle jeté sur une robe d'épais velours noir brillant, gonflée probablement par sept jupons de soie (enfin c'est ce qu'on disait à l'époque !), avec sur la tête une superbe coiffe de dentelle résistant à tous les vents car vraisemblablement amidonnée avec excès et plantée par moultes épingles sur le chignon. 

Je ne pense pas que vous auriez pu le lui faire enlever car ce costume faisait partie de son identité. Avait-elle d'ailleurs une solution de rechange ? Certainement non ! Et personne n'aurait osé le lui demander.

Par contre, je suis certain que tous les regards devaient être tournés vers elle : Les curieux, les amusés, les critiques, jusqu'à ceux qui devaient se reconnaitre une parenté proche ou lointaine selon leur région d'origine.

Il en va aussi des étrangers qui viennent nous rendre visite aujourd'hui. On les reconnait à leur façon de s'habiller, les djellabas, les boubous, les ponchos, les saris... Ils ou elles se couvrent de foulards, de kipas, de shtreimel, si si ! ça arrive dans certains quartiers près des synagogues, de chéchias, de turbans... se coiffent comme les  rastas, les afros, les crêtes, les iroquois, les rasés... jusqu'à certains qui se mettent un masque devant leur bouche par mesure d'hygiène.

Pour en revenir au débat concernant le voile, ce que je pense, s'il m'est  permis de penser, c'est seulement une réaction identitaire car on ne me fera pas croire qu'il y a une autre raison. Il n'y a pas de vents de sables dans nos contrées (dieu nous en préserve, s'il m'est permis d'invoquer un hypothétique dieu auquel je ne crois pas, c'est seulement une façon de parler pour attribuer à une entité virtuelle et factice, qui soi-disant est aux cieux, une responsabilité qui pourrait être trop lourde à assumer. Comme quoi Dieu a bon dos ! On lui colle tout et n'importe quoi ! Il suffit d'invoquer  l'irrationnel pour justifier l'irraisonnable. Moi aussi, j'en profite !

Bref, Il n'y a aucune raison à opposer à qui n'en a pas, on est dans le domaine de la croyance, de la soumission, et il n'est pas question de courage, mais d'assujettissement et il n'est nullement question de recourir à des explications vaines et sans fondement car tout relève de la provocation.  Provocation par rapport en premier lieu au regard qu'ont les représentants des autorités qu'elles soient politiques ou dans le monde du travail. Les immigrés, il faut bien les appelés d'une façon ou d'une autre, ne sont pas  correctement intégrés au sens qu'on serait en droit d'attendre et la faute est partagée :

Essentiellement de la part des français de souche, le reliquat existentiel de la guerre d'Algérie est toujours, aussi malheureux que cela puisse paraître, dans la mémoire collective comme non digérée, et ce n'est pas demain qu'une psychanalyse collective arrivera à point nommée pour nous débarrasser de ce poids que nous traînons, et ce, des deux côtés de la Méditerranée.

Comme le peuple juif qui traîne ses malheurs au cours de l'Histoire et qui s'en nourrit au point de se considérer ad vitam aeternam, tenant le rôle existentiel et permanent de victime expiatoire au regard du monde entier. Ce qui excuse parfois l'inexcusable.

Difficultés d'intégration disais-je, d'abord, culturellement, la peur d'appréhender le monde. A l'origine tout déplacé voire déraciné pense retourner un jour au pays, qu'il soit breton, auvergnat,  provençal, italien, polonais, espagnol, portugais, et au cours des années, tôt ou tard, il finira par bien par s'intégrer et restera sur place, la culture et la religion aidant, l'assimilation à la communauté nationale est facile. Il en est tout autrement de gens qui sont issus d'une culture différente, d'une religion différente lesquels pour des raisons de difficultés d'adaptation, langue, us et coutumes, façon de se nourrir ou habitude alimentaire, hallal et casher, importance des communautés où à l'intérieur d'elles seules se réalise la reconnaissance, et par voie de conséquence le rejet des autres, tout simplement parce qu'on est différent, la volonté de se replier sur des valeurs qui font une identité et qui rendent vaines toutes tentatives de rapprochement ou d'ouverture aux autres, d'où une assimilation impossible à la citoyenneté nationale.

Et ce ne sont pas les femmes musulmanes agées qui mènent l'affrontement et qui portent le voile, celles-là  sont soumises, ce sont les plus jeunes qui voient dans leurs parents des victimes du système, qui mesurent la distance entre la vie qu'ont menée leurs parents par rapport à la vie que mène  l'ensemble des français et l'écart est grand, et ce sans se poser la question de savoir ce qu'ont pu faire leurs parents pour enrichir leur vie.

Il est effectivement facile de reporter tous les torts sur la société. Cette habitude d'attribuer les fautes sur les  autres ! "C'est pas moi ce sont les autres" comme le dit si bien dans sa chanson Abd el Malik. Je dirais même que c'est une façon de sauvegarder sa propre image que l'on se fait de soi et de s'épargner un jugement cruel. Cela nous le faisons tous, plus ou moins. Et donc à la réprobation générale, ils opposent un rejet d'eux-mêmes en s'excluant de la société et le voile devient un drapeau ou une façon de s'affirmer. Le foulard était un début mais visiblement ce n'était pas suffisant, le voile l'a remplacé avantageusement pour mieux provoquer.

« Vous ne me reconnaissez pas ?  Eh bien, vous ne me reconnaitrez plus ! » semblent nous dire ces jeunes femmes.

Il représente tout à la fois, la révolte d'une jeunesse en mal d'identification, l'appropriation d'une identité qu'on vous refuse, et plus il y a stigmatisation plus on s'autorise à faire ce qui est interdit ! Ah, la fameuse transgression des interdits, il suffit d'une interdiction pour se sentir autorisé, légitimé soi-même pour créer une opposition... et casser quand on est incapable de construire comme l'enfant qui déchire le dessin de son voisin parce qu'il ne peut en faire un plus joli. 

Bref, une représentation naturelle de l'opposition de la jeunesse aux parents, de la jeunesse à l'autorité, en quelque sorte une affirmation de soi. Et ce depuis des temps immémoriaux !

Rien ne change, certains ne se coupent plus leurs cheveux, d'autres, allez  savoir pourquoi se les rasent, tout est bon pour faire parler, pour provoquer. Il suffit de se souvenir de mai 68, des  manifestations des jeunes, des mouvements punk, rock, grunge, peace and love, baba cool, blousons noirs, flower power, skin head... (Je vous  laisse continuer !)

Alors évidemment si certains, bien intentionnées, s'en emparent pour une quelconque  cause, c'est du pain béni, et comme je le disais plus haut, dieu,  jehovah ou allah ont bon dos, on surfe sur la vague pour créer le  désordre. Et si les politiques s'en mêlent pour de basses raisons électoralistes, où  va-t-on ?

Enfin bref, le seul problème dans cette histoire  c'est qu'effectivement on ne peut pas reconnaître quelqu'un avec un tissu sur la figure, et que je sache le vent du désert n'atteint ni les terrasses du Fouquet's, ni les rues de nos banlieues ! Cela se saurait !

Comment voulez-vous dès lors vous adresser à lui sous sa cagoule ou à elle sous son voile, à quelqu'un qui se méfie de vous, qui ne souhaite pas être reconnu par/de vous. Qui se contente seulement d'émettre un message sans possibilité de retour.

En ce qui me concerne, je ne me vois pas converser avec quelqu'un qui se cache à mes yeux, quelqu'un par essence sans expression, sans existence !

Et c'est bien là le problème : la reconnaissance, ou pas.

© 2023 par Simone Morrin. Créé avec Wix.com